Chaque année, 700 000 Roméo et Juliette décident de quitter notre monde en se donnant la mort.
Dans cette tranche de vie et de mort entremêlées, tout y est: la virulence de la jeunesse
opprimée, la légitimité destructrice dans les rapports familiaux, la vieillesse has been, le
pacte mortifère d’un mariage secret. Tous les ingrédients de l’insolence shakespearienne subsistent dans notre société contemporaine.
Cette version intimiste de l’oeuvre choisit de faire un constant aller retour entre la réalité de
la crise identitaire adolescente et le mythe par la définition de lieux, d’objets, d’actions et de
personnifications symboliques.
Mettre en scène Carmen en 2025 peut paraître un véritable défi tant les clichés y sont
légion, mettant en exergue des enjeux sociétaux pourtant encore d’actualité.
Dès lors, la perspective de respecter l’identité des personnages, leur humanité et leurs
différences culturelles permet de s’émanciper du fantasme orientaliste du 19e siècle.
Ici, Carmen redevient la véritable gitane andalouse de Mérimée, avec tous les
comportements «impopulaires» que cela implique, plaçant entre elle et les gadje une série
d’écrans qui la font souvent apparaître le contraire de ce qu’elle est, venant questionner la
difficulté d’une relation amoureuse interculturelle.
J’ai imaginé un jeu d’écho entre les personnages : en s’épiant, se cachant, partageant à tour
de rôle des objets symboliques, ils longent la ligne de crête entre intimité et vie sociale, tout
en déclinant toutes les facettes du mot « jalousie », architecturalement tout autant que psychologiquement.
Enfin, je replace dans le récit la véritable histoire de Don José, un homme victime non pas
d’une femme trop indépendante, mais de sa propre violence issue d’une société et d’une
éducation coupables, et encouragée par un code napoléonien qui lui donne la toute
puissance et l’auto-justification nécessaires pour anihiler les verrous de sa conscience, acte
indispensable pour aller au bout d’un meurtre de possession prémédité.
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